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Comment accompagner les enfants et les adolescents dans leur deuil ?
Comment accompagner les enfants et les adolescents dans leur deuil ?
Quand la mort et le deuil ont été bannis de l’espace public, les enfants ont été nombreux à en être écartés. Plus question qu’ils voient un(e) mort (e). Quant aux services funèbres, ce n’était pas leur place. On pensait leur éviter des souffrances inutiles jusqu’à ce que l’on redécouvre qu’un enfant a besoin, comme un adulte, de vivre pleinement son deuil.
Mis à jour le 07 oct. 2025
Vidéo. - Comment aider les enfants face au deuil ?
Expliquer la mort peut se faire simplement. « La mort, c'est le corps qui cesse de fonctionner. La personne n’a plus faim, n’a plus froid, ne souffre plus. Mais le lien d’amour, lui, reste », explique Evelyne Josse, psychologue.
Face à la perte d’un proche, on a souvent tendance à protéger les enfants en évitant de dire les choses telles qu’elles sont. Pourtant, taire la vérité — par exemple en cachant la mort d’un grand-parent ou les circonstances d’un suicide — n’est pas une bonne idée estime la psychologue. Les enfants ont besoin de vérité, et il est préférable de la leur transmettre rapidement. Sans cela, le risque est qu’ils perdent confiance dans la parole des adultes.
Il est également important d’impliquer les enfants dans le processus de deuil, notamment lors des funérailles, mais en respectant leur rythme et leur âge. Si l’enfant souhaite assister aux obsèques, il est essentiel de lui expliquer ce qu’il va vivre — par exemple, qu’il y aura beaucoup de larmes.
S’il préfère ne pas y aller, il ne faut pas insister; on peut alors lui proposer une autre forme de participation, comme réaliser un dessin ou enregistrer une chanson à partager lors de la cérémonie.
De même, si l’enfant exprime le désir de voir le corps, il faut l'accepter, l’accompagnere et lui expliquer avec des mots simples ce qu’il va découvrir. Il faut aussi savoir aborder les aspects pratiques.
Par exemple, après le décès d’un parent, il est rassurant pour l’enfant de savoir qui viendra le chercher à l’école. Répondre à ses questions avec honnêteté, tout en adaptant les explications à son âge, l’aide à comprendre et à se sentir en sécurité.
« Ça, c’est dans l’idéal parce que quand on est soi-même en grande difficulté on peut aussi dire qu’on n’est pas en capacité d’expliquer les choses. Il faut alors demander à une personne en qui l’enfant a confiance de donner les explications nécessaires », invite Evelyne Josse.
Annoncer la mort à un enfant
De 3 à 8 ans
L'enfant perçoit la mort comme un phénomène temporaire. Il l'intègre naturellement dans ses jeux : il fait 'mourir' ses soldats de jouet pour les « ressusciter » peu après, observe que la princesse se réveille suite au baiser du prince charmant, bien qu'elle ait bu du poison, et voit ses héros de dessins animés ou de jeux vidéo mourir et revenir à la vie sans cesse.
Lorsqu'il s'agit d'expliquer le décès d'un proche, utilisez des mots simples. Dites-lui, par exemple, que sa mère ou un autre membre de la famille est décédé et qu'il ne reviendra pas. Il est important de le rassurer en lui affirmant que ce n'est pas de sa faute et que la personne décédée ne souffre plus.
À cet âge, l'enfant peut se sentir responsable de son entourage.
S'il a éprouvé de la colère envers la personne décédée, il pourrait se sentir coupable et penser que son comportement aurait pu la maintenir en vie. Il peut également être affecté par la tristesse de ses proches.
Évitez de lui raconter des histoires telles que "il s'est endormi", car cela pourrait engendrer une peur du sommeil chez l'enfant, ou l'amener à espérer le retour de la personne disparue.
De 9 à 12 ans
Les enfants de 9 à 12 ans sont capables de comprendre et de discuter des événements marquants de la vie. Il est essentiel de leur parler honnêtement du décès d'un proche, car ils découvriront inévitablement la vérité.
Lors de l'annonce, il est crucial de les réconforter et de les rassurer, en leur affirmant qu'ils ne sont pas responsables de ce qui est arrivé.
Partagez avec eux vos propres sentiments, tels que la tristesse, la colère ou la culpabilité, et expliquez que ces émotions sont normales et qu'il est sain de les exprimer.
Soyez à l'écoute de leurs questions et faites preuve d'honnêteté en reconnaissant les moments où vous ne détenez pas toutes les réponses.
De 13 à 18 ans
Chez les adolescents de plus de 13 ans, la compréhension de la mort s'aligne davantage sur celle des adultes. Ils recherchent la vérité et la clarté.
Ainsi, lorsqu'il s'agit d'annoncer un décès, il est primordial d'être aussi honnête que possible en expliquant les circonstances et en répondant à leurs interrogations.
Il est important de respecter leur façon de gérer leur deuil, que ce soit par une absence de réaction apparente ou par de la colère. Rassurez-les en affirmant votre disponibilité et votre soutien constant, les encourageant à se confier à vous s'ils en ressentent le besoin.
Vidéo. - Perdre ses parents dans l'enfance : on se dit tout - La Maison des parents #LMDP
A quel âge amener l'enfant voir le défunt ?
Il n'y a pas d'âge précis pour amener un enfant voir le défunt, mais il est crucial d'adapter sa participation en fonction de son âge et de sa maturité.
L'enfant ne doit pas être forcé à participer à toutes les étapes des funérailles et il est essentiel qu'il soit accompagné par un adulte de confiance, surtout si les parents ou le tuteur sont trop affectés par l'événement.
L'important est de respecter les sentiments de l'enfant et de lui offrir un soutien adapté à son âge et à son niveau de compréhension.
Participer aux rituels de deuil aide l'enfant à se sentir intégré dans sa famille et à partager ce moment avec ses proches. Cela lui montre que la personne décédée est honorée et entourée d'amour. De plus, cela offre à l'enfant l'occasion d'exprimer ses sentiments et de dire au revoir en offrant un cadeau symbolique tel qu'un poème, un dessin ou une photo.
Gérer le deuil d'enfant ou d'un adolescent
Cette période post-funérailles est souvent marquée par un vide et une confusion, rendant l'accompagnement des jeunes dans leur processus de deuil encore plus important.
Les enfants et les adolescents, avec leur compréhension et leurs réactions variées face à la mort, nécessitent une attention particulière pour naviguer dans ces eaux émotionnellement complexes.
Accompagner l'enfant de 3 à 7 ans
La gestion du deuil chez les enfants est souvent complexe. Il est courant de vouloir les protéger de la réalité en les tenant à l'écart, bien que cela ne soit pas toujours la meilleure approche.
Encouragez-les à exprimer leurs émotions à travers des jeux, des dessins ou d'autres activités créatives. Écoutez attentivement leurs inquiétudes concernant le bien-être de la personne décédée. Rassurez-les en leur expliquant que cette personne ne souffre pas.
Assurez-leur votre soutien inconditionnel et veillez à maintenir autant que possible leur routine quotidienne, incluant les horaires de coucher, les repas et les activités.
N'hésitez pas à demander de l'aide
Si vous ressentez le besoin de soutien supplémentaire pour aider l'enfant ou l'adolescent à traverser cette période difficile, n'hésitez pas à consulter un spécialiste de l'enfance ou une association de parents endeuillés.
Un psychologue ou un conseiller expérimenté dans le travail avec les enfants peut vous fournir des conseils précieux et adaptés pour accompagner votre enfant dans son processus de deuil. Ces professionnels peuvent faciliter la communication avec l'enfant, aider à comprendre ses réactions et fournir un espace sécurisé pour qu'il exprime ses émotions.
N'hésitez pas à consulter ce guide, pour vous accompagner dans vos démarches.
Accompagner l'enfant de 9 à 12 ans
Comprendre et communiquer avec l'enfant en deuil est essentiel.
Écoutez ses inquiétudes concernant le décès sans porter de jugement, tout en le rassurant. Si l'enfant n'est pas prêt à s'ouvrir verbalement, encouragez-le à tenir un journal intime pour y consigner ses pensées et sentiments, y compris ceux qu'il aurait souhaité partager avec la personne décédée.
Offrez à l'enfant un sentiment de sécurité et de soutien constant.
Montrez votre présence en l'aidant dans ses devoirs et en prenant part à ses activités préférées.
Maintenir sa routine habituelle, comme aller à l'école et participer à ses activités sportives, est crucial pour préserver un sentiment de normalité et d'équilibre.
Il peut également être bénéfique de donner à l'enfant un objet ayant appartenu à la personne disparue, en le laissant choisir cet objet. Cela peut l'aider à se sentir connecté à la personne et à mieux gérer son deuil.
Peu importe l'âge de l'enfant, il est crucial d'informer son école et les responsables de ses activités extrascolaires du deuil qu'il traverse. Cela permettra à ces institutions de s'adapter au mieux à ses besoins spécifiques durant cette période difficile.
Accompagner l'enfant de 13 ans et plus
Suite à un deuil, il reste crucial de maintenir les règles et les limites établies avant le décès, comme le respect des interdictions et des horaires. Encouragez l'adolescent à partager ses souvenirs et à participer à des activités symboliques en l'honneur de la personne disparue, s'il le désire.
Si l'adolescent choisit de ne pas parler de ses émotions, respectez sa décision tout en lui rappelant que vous êtes disponible et à l'écoute quand il sera prêt. Incitez-le doucement à socialiser avec ses amis et à poursuivre ses activités, mais sans le presser.
En cas de comportement agressif ou colérique, proposez-lui des activités pour canaliser ses émotions, telles que le sport, les jeux vidéo, l'écriture ou d'autres activités créatives ou physiques.
Ces pratiques peuvent l'aider à gérer et exprimer ses émotions de manière constructive.
Vidéo. - Dr Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute à Paris et auteur de l’ouvrage « Vivre le deuil au jour le jour »